[Exposé] Ernest Pignon-Ernest






      Né en 1942, Ernest Pignon-Ernest a effectué ses études dans sa ville natale, il s’agit d’un artiste contemporain qui a effectué ses débuts en réalisant des dessins d’architecture. Depuis 1966, ses œuvres mettent en avant un rapport permanent entre l’architecture, le lieu et le support de l’œuvre. Il inclut en effet ses œuvres dans un univers quotidien (celui de la rue) de façon à ce que nous ne les remarquions même plus, les personnages qu’il dessine se fondent pratiquement dans la masse, on peut donc parler ou définir son travail comme des interventions urbaines.


"Les expulsés", 1979 (Paris)

 

      C’est ce qu’il a voulu nous montrer dans son œuvre "Les expulsés" puisque les personnages passent presque inaperçus, tels des fantômes. Les sans-papiers et sans domicile fixe ne font pas parti de notre monde et errent sans que personne ne se soucie de leur sort. Le passant les observe dans toute leur misère et ne peut les ignorer. Le fait que l’œuvre puisse se dégrader rend encore plus poignant le désarroi dont il veut témoigner, des êtres destructibles que tout le monde dégrade... Le passant dont le regard se pose accidentellement sur les affiches est stoppé dans sa course pour réfléchir à ce que "dénonce" cet art de rue. C’est de cette façon que Ernest Pignon-Ernest mise sur ses qualités artistiques pour inclure le spectateur dans son œuvre.

      A partir de 1971, il a commencé à utiliser des affiches qu'il colle à même le mur, ce qui rend ses œuvres bien souvent éphémères, puisqu’elles peuvent être détruites, déchirées, arrachées... il se sert justement de ce procédé pour jouer sur les transformations que le quotidien peut leur apporter, d’où son choix de ne pas signer ses travaux.

"Le soupirail', 1988 (Naples)
 
      "Le soupirail" est un hommage au peintre Le Caravage (il faut savoir qu’il s’inspire beaucoup  d’œuvres sculpturales voire religieuses) L'intérêt de son œuvre réside dans les effets visuels : le support du papier se détériore et se déchire ou encore le drapé du linceul du Christ fusionne avec le papier utilisé. On sent la présence physique du mur même si les corps se théâtralisent dans l'architecture. Réalisées à échelle 1, elles sont collées sur les murs de la ville en prévision du dimanche de Pâques. Elles représentent des scènes religieuses.

      Il accorde aussi beaucoup d’importance à la phase de recherche sur des choses relatives au sens du projet, à l’histoire iconographique du sujet, à la façon dont, si c’est le cas, il a déjà été traité... Il lit donc énormément, réalise des croquis, de la marche, des repérages (pour travailler sur l’espace), de nuit et de jour (pour travailler sur la lumière), part à l’écoute des gens. Pour commenter son travail de recherche, il dit lui-même : "Les lieux réels m'intéressent pour leurs qualités plastiques, leurs formes, leurs couleurs, leurs espaces, mais aussi pour tout ce qu'ils portent en eux d'invisible. Dans les villes, j'utilise l'Histoire, les souvenirs qui les hantent. C'est dans le non-visible que se trouvent souvent les potentialités poétiques les plus fortes."  “Il faut que j’accumule à la fois tout ce que je peux savoir du sujet, que je l’assimile et que je le mette à l’épreuve des contraintes plastiques, celles du dessin et de l’insertion dans le lieu."

      Pour lui, choisir le lieu est son vrai travail plastique. Comme s'il voulait donner une seconde peau aux bâtiments qu’il utilise, tout en conservant malgré tout leur statut de lieu. Le dessin en devient  presque accessoire.

"Cabines téléphoniques", 1997 (Lyon)

      Les "Cabines téléphoniques" nous rappelle qu’il s’agit d’un lieu un peu tragique où l'on est isolé, avec encore des croquis fantomatiques, des visages et gestes d’abandon. *Rappel : "Le Cri" de Munch (1893) ou "Le Cri" de Rodin (1886) * En temps normal, l'artiste laisse le papier blanc autour de l’œuvre pour montrer que c'est une image mais il lui arrive aussi de les détourer comme ici. Il fait pousser une série de voix, silencieusement parvenues jusqu’au dessin des images.

      Lorsqu’il utilise la sérigraphie, il se sert du papier journal car ce matériaux, une fois disposé sur un mur, produit selon lui un effet visuel très intéressant. Pour lui toujours, il utilise ce procédé d’impression non pas pour préserver le dessin original ou multiplier un message comme on le fait pour des affiches dans les rues, mais plutôt dans l’optique de voir ses œuvres telles des “images qui suintent les murs”, disposées de manière à créer des parcours dans les villes. La façon dont elles sont organisées et leur découverte successive occupent une partie importante de ses interventions. 

      Il essaye en effet d’anticiper la traversée des lieux par le passant et de prendre en compte la façon dont celui-ci va rencontrer l’œuvre. C’est pour cette raison qu’il est d’ailleurs intéressant d’avoir réellement ses œuvres devant les yeux, comme il le souligne très bien lui-même : "La photo impose aussi un cadrage, une relation fixe et délimitée de mes images à ce qui les entoure, alors que toute ma démarche est bâtie sur le refus du cadre. Mais la rue entraîne aussi une multiplicité des points de vue que ne peut rendre la photo, de même qu’elle ne peut traduire nombre de caractères physiques de la rencontre, en particulier ce face à face inattendu avec l’image d’un homme grandeur nature qui est l’un des éléments suggestifs les plus importants."

      Nous observons donc que ses recherches pour créer "un impact visuel" et une "lecture physique" sont très importantes. Il n’indique pas clairement s’il a un message particulier à communiquer et incite le public à s’interroger sur la présence de ces images dans de tels lieux. Il dit d’ailleurs : "Je ne cherche évidemment pas à avoir à tout prix un langage compris par tous. Je crois d’ailleurs que notre rôle est d’inventer, d’anticiper, de susciter des questions que la société ne s’est pas encore posées. Nécessairement  il y aura de l’incompréhension,  mais je souhaite que mon travail soit assez désarçonnant pour que l’incompréhension ne vienne pas toujours de là où on l’attend."    
 
      Lors de la réalisation de ses croquis, Ernest Pignon Ernest joue sur le dynamisme. Il travaille à l'encre et ses premiers jets relèvent de l'expressionnisme. La deuxième étape est d'avoir recours à un modèle pour déterminer l'architecture exacte du corps. Selon lui, le dessin réaliste, lui permet de ne pas minimiser la réalité de ce qu’il dénonce. On peut voir ceci comme un travail sur le langage visuel et sensitif, puisqu’il faut être sensible pour le comprendre. Comme s’il utilisait un nouveau langage lui étant propre tout en utilisant des signes que tout le monde peut comprendre afin de parvenir à une certaine forme de communication.

"Les Arbrorigènes", 1984 (Paris)

      Enfin, il exécute aussi quelques sculptures entre 1982 et 1984, "Les Arbrorigènes" : Il s’agit de réaliser des moulages de corps auxquels on injecte des cellules végétales, puis les personnages sont installés dans des arbres, in situ, dans les Landes, au jardin des Plantes à Paris... Ils sont recouverts petit à petit par la végétation.

      Il considère son art comme un engagement total : politique, poétique et plastique. Selon lui, le rôle de l'artiste est de "regarder la réalité différemment".

      Au terme de cet exposé, nous avons donc noté quatre grandes préoccupations artistiques qui servent de fondement à son œuvre :

 - Des préoccupations d'Historien.

 - La découverte d’une ville et de son "âme".

 - Des recherches de légendes, histoires, iconographies à partir desquels il va travailler ses dessins.

 - Des croquis et questions esthétiques et plastiques qui vont diriger la conception des dessins en fonction du lieu d’insertion. 

      Nous avons choisi cet artiste car il nous a paru intéressant de montrer l'originalité de ses œuvres et ses croquis bien souvent réalistes, un thème que l'on travaille justement beaucoup en ce moment. Après l’intervention de Claude Viallat vendredi dernier, un point important a pu également être présenté ici, la question d’aborder la vieillesse d'une œuvre dans l'Art et dont le temps ne modifie en aucun cas son statut d’œuvre. Enfin, nous pensons que le travail qu’il expose à la vue de tous dans les rues permet de faire profiter de son talent à la tout le monde, au contraire des musées où le public doit payer pour voir des œuvres.


Octobre 2011. Exposé réalisé avec Fanny.

Commentaires

  1. je ne connaissais de cet artiste que les arbrorigènes du Parc de Pourtales...je découvre avec étonnement l'engagement de cet homme dans le street art et l'engagement politique...les navigation sur internet ont du bon..

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