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02/10/2012

[Exposé] Méret Oppenheim, "Le déjeuner en fourrure" (1936)



1. L'artiste Meret Oppenheim


      L'écrivain, peintre et plasticienne surréaliste suisse Meret Oppenheim naît à Berlin-Charlottenburg (en Allemagne), le 6 octobre 1913 et décède d’un infarctus à Bâle (en Suisse) le 15 novembre 1985.
   
      A l’âge de 17 ans, elle quitte l'école pour apprendre la peinture, puis cherchant un lieu propice à sa créativité, elle décide de quitter Bâle (en Suisse), au début des années 30. Elle part donc s’installer à Paris, où elle trouvera la liberté dont elle avait besoin.

      C’est  à cette période qu’elle fera la connaissance des artistes suisses Alberto Giacometti et Jean Arp qui l’inviteront par la suite à exposer au "Salon des surindépendants" avec les surréalistes, en 1933. A cette occasion elle rencontrera André Breton (le chef de fil du mouvement surréaliste) et se liera d'amitié avec l’artiste Max Ernst et le photographe Man Ray. Ce dernier la photographiera à plusieurs reprises, et très vite, ses photos l’a feront devenir la muse des surréalistes, un rôle qu’elle aura pourtant du mal à accepter.

      En 1936, elle tente de gagner sa vie en réalisant des croquis de mode et des bijoux : elle fabrique entre autres des bijoux en tubes de métal recouverts de fourrure. André Breton lui demande de participer à la première exposition surréaliste d’objets, dans la galerie Charles Ratton. C’est à cette occasion qu’elle réalisera cette pièce, le déjeuner en fourrure. La même année, elle participe à l’exposition "Fantastic art, Dada, surrealism" au Musée d’Art Moderne de New York, "Le Déjeuner en fourrure" y fera sensation et sera aussitôt achetée par Alfred Barr, le directeur du musée. Cette œuvre deviendra très vite un des emblèmes du surréalisme.

 2. "Le déjeuner en fourrure" (1936)

 "Le déjeuner sur l'herbe"  (1936)
Dimensions: 10,9 x 7,3 cm Lieu d’exposition: Musée d’art moderne de New York






      L'idée de cette réalisation lui serrait venue en se rappelant d’une discussion qu'elle avait eu dans un café social parisien avec les artistes Dora Maar et Picasso. Alors qu’elle portait  un bracelet en fourrure qu’elle avait créé, Picasso aurait dérivé sur cette idée en lui suggérant :  "Beaucoup de choses pourraient être recouvertes de fourrure", ce à quoi elle répondra : " Même cette tasse et cette soucoupe !" On peut donc penser que le fait qu’elle ait côtoyé des artistes du groupe surréaliste, mais également dada, ait pu l’influencer dans la démarche de ses œuvres. Pourtant, elle en apportera elle-même une nuance en s’exprimant à ce sujet : "Je dois dire que je faisais déjà des choses classées comme "surréalistes" avant de les connaître, mais il faut dire aussi qu’ils ont été les premiers à les regarder sans les mépriser et ceci m’a fait plaisir, naturellement. Pourtant, je sais aujourd’hui avec certitude, que je les aurais faites et continué à les faire même si je n’avais pas connu les Surréalistes."

      Il faut savoir que le titre original de l’œuvre donné par Méret Oppenheim était «Assiette, tasse et cuillère couvertes de fourrure » elle accordait en effet peu d’importance à la sémantique dans l’élaboration des titres de ses œuvres et se contentait de décrire ce qui était représenté. Plus tard, André Breton lui proposera ce titre : "Déjeuner en fourrure", en souvenir à la fois de l'œuvre d'Edouard Manet, "Le Déjeuner sur l'herbe" et du livre de Leopold von Sacher-Masoch, "La Vénus à la fourrure".

      Il s’agit d’une tasse réelle, une soucoupe et une petite cuillère recouvertes de fourrure de gazelle chinoise marouflées sur la matière de sorte que la céramique disparaisse complètement. (Ici, la fonctionnalité de l’œuvre a disparue au profit de son aspect plastique) La couleur beige de la fourrure animale et sa texture mouchetée créent une référence naturelle et sauvage qui crée une contradiction visuelle avec la forme industrielle, usinée de la tasse. Ce qui amusait particulièrement Oppenheim, c’était ce contraste porcelaine/fourrure comme celui du métal/fourrure pour le bracelet.

      Oppenheim a réussi à créer une combinaison improbable entre une tasse et de la fourrure. Ils ont apparemment aucun rapport et sont utilisés ici de façon à provoquer l’inattendu , réveiller notre inconscient, mais aussi révéler des associations poétiques. Cet objet de la vie courante est inutilisable, il a perdu sa signification première et nous le voyons à présent comme un simple objet artistique qui trouve sa place dans un musée.

      Comme beaucoup d’œuvres surréalistes, cette création est non seulement visuellement attrayante, mais elle invite également à piéger le spectateur par le toucher : Elle a en effet quelque chose de sensuel, puisque caresser une fourrure est agréable, mais si on pense à l’utiliser pour boire et que la tasse nous chatouille le nez ou bien la cuillère touche notre langue, cela devient très vite repoussant et déroutant comme dans un rêve (On a l’impression qu’elle cherche à mettre ses rêveries en image et qu’elle essaye de combiner la domesticité d’une tasse de thé avec l’érotisme et l’animalité de la fourrure, une  façon d’animer l’inanimé.)

      Dans ses œuvres, nous avons remarqué qu’elle s’appuyait souvent sur les mêmes sources : les rêves, la métamorphose, le jeu, mais également sur la question de la femme-artiste. Plus tard, en 1974 elle réalisera d’ailleurs un discours très apprécié sur ce sujet (durant une exposition organisée dans les musées de Soleure, Winterthur et Duisbourg) Ici, on peut voir cette  fourrure de luxe et cette tasse comme des objets plutôt féminins, comme si elle dénonçait de manière ironique le monde de l’Art dominé par les hommes. Nous pensons que les propos féministes qu’elle a défendu auront sans aucun doute contribué à l’émancipation de la femme dans le monde de l’Art. Dans cette association d’objets, on peut par exemple voir plusieurs contrastes : nature et culture, homme et femme, rêve et réalité.

      Ce qui est particulièrement intéressant dans cette œuvre, c’est qu’elle est annonciateur de problématiques ou de thèmes qui sont chers à l’Art d’aujourd’hui. En travaillant le détournement, elle interroge sur les perceptions que l’on fait de l’objet et le processus qui le fait devenir une œuvre d’art. Meret Oppenheim a très bien a su conjuguer cette recette surréaliste par excellence : idée-humour-hasard-surprise. C’est donc grâce à son originalité et son audace qu’elle est devenue la figure emblématique et féminine du mouvement surréaliste.

      L’artiste Jenny Holzer parle de son travail : "C’est un objet du quotidien, mais également d’un tout autre monde. C'est déroutant. On dirait que cette tasse est prête à bondir pour vous attaquer. Cette fourrure nous laisse imaginer la présence cachée de dents et la possibilité que cette soucoupe puisse vous mordre,  j'aime aussi la façon dont c’est répulsif. Lorsque vous mangez, Il n'y a rien de plus dégoûtant qu’un cheveux dans votre bouche. J'aime cette fourrure qui pourrait être un moyen d’étouffer le son. C'est comme si elle éliminait les bavardages durant une cérémonie du thé. Je pense que ceci nous montre fondamentalement que la vie n'est pas ce qu’elle semble être."

      Après cette création, elle fera une longue crise qui durera jusqu’en 1954, à cause de son succès qu’elle a du mal à assumer. Elle continuera cependant à travailler (dessin, tableaux, esquisses, scénarios, masques et costumes et s’intéresse à ses rêves) mais détruira toujours ses œuvres ou les laissera inachevées. Elle écrira aussi de nombreux poèmes, puis recommencera peu à peu à exposer.



Novembre 2011.

3 commentaires:

l'artiste est moche mais l'oeuvre est belle...

Merci j'avais un exposé deçu :)

Ça ma beaucoup aider pour mon exposé

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