[Installation] La conversion

Travail d'installation sur la conversion - Novembre 2011

[Production Graphique] Fiction/réalité

Travail graphique sur le thème de l’hybridation - Avril 2012

[Dessin + Analyse] Reprise d'oeuvre

Reprise d'oeuvre : "La Naissance de Vénus" de Sandro Botticelli dans un style "Pop Art" façon Roy Lichtenstein - Décembre 2011

[Production Graphique et Arts Appliqués] Plaquette

Réalisation de la plaquette du Lycée Joseph Haubtmann - Avril 2011

[Écriture] Yaourt à la mûre (façon Proust)

Travail d'écriture sur le souvenir - Mars 2011

Cultiver art, yaourts et des nipponeries dans un même blog ? Ceci est ma spécialité !

Latest Photos

12/08/2014

[Art Numérique] GTA Saint-Étienne




Photo originale : Place du Peuple


Diverses ressources utilisées pour réaliser cette création :









 




04/06/2014

Une rose, un clou







UNE ROSE, UN CLOU


Il existe un proverbe japonais 出る杭は打たれる (deru kui wa utareru) assez connu en occident se traduisant en français par "Le clou qui dépasse appelle le coup de marteau". Dans la société japonaise, sa signification indique un appel à la discipline et à l’absence de créativité. L'individu ne peut exister qu'à travers l'appartenance à un groupe : famille, école, entreprise... c’est pour cette raison qu’au Japon, une personne hors de la norme est souvent considérée comme gênante.

De nombreux jours se sont écoulés depuis l’écriture de ma dernière rédaction car entre-temps, il s’est passé un truc assez dingue : je suis devenue étudiante. Cela relèverait presque du miracle, mais pourtant, j’ai bel et bien réussi à franchir cette nouvelle étape qui m’a malheureusement contrainte à énoncer devant mes amis la phrase que nous redoutions tant : "à présent, nos chemins se séparent". C’est en leur compagnie que, durant presque 4 ans, j’ai pu partager les meilleurs comme les pires moments de mes années de lycéenne. Des compagnons avec qui j’ai marché sur cette même route singulière et boueuse de l’enseignement professionnel. Durant tout notre périple qui nous a amené à se côtoyer, nous, élèves en difficulté avec l’apprentissage, avons essayé de contourner au maximum les obstacles afin d’atteindre l’échelle nous menant vers l’étape suivante. Malgré tout, il arrivait souvent que nous nous retrouvions couverts de boue. Mais grâce à la bonne humeur ambiante, nous avons réussi à tenir le coup, laissant ainsi le temps à la boue de sécher et disparaître. Tant dans notre façon d’aborder le travail que dans nos centres d’intérêt qui inspiraient bien souvent le dégoût, nous nous ressemblions beaucoup. Je pouvais facilement me confier à eux. Nous partagions ensemble nos meilleures astuces et des conseils sur nos dernières créations graphiques. Travailler en leur compagnie aura été un vrai plaisir car nous avions tous la même passion, la même envie d’évoluer et de développer chacun notre propre univers Mais honnêtement je n’aurais jamais imaginé que les années passeraient aussi vite.

C’est un peu comme lorsqu’il y a trop de garnements dans la même classe et qu’on se débrouille pour les mettre dans des classes différentes l’année suivante. Ils ont dû probablement penser que s’ils restaient avec moi une année de plus, ils ne progresseraient jamais. Quoiqu’il en soit, me voilà donc à l’université. Je vous l’avoue, ma première réaction en me retrouvant dans la salle de l’atelier d’écriture fut assez mémorable : "Diable ! pourquoi ai-je choisi cette option ? qu’est-ce que je viens faire au milieu de tous ces gens qui, pour la plupart, ont un bac L en poche, préparent une licence en Lettres et sont déjà tous formatés pour composer cinq rédactions par semaine ? J’ai beau aimer l’écriture, j’ai peut-être légèrement surestimé mes capacité." J’étais sur le point d’envoyer un mail à mon professeur pour lui demander s’il valait mieux que je lâche l’affaire tout de suite, lorsque je me suis souvenue de cette phrase de mon ancien professeur de dessin: "le meilleur moyen pour vous de raconter quelque chose, c’est de partir de ce que vous connaissez. Et la meilleure chose que vous connaissez, c’est vous-même. Alors, racontez-vous aux autres." Tout aussi étonnant que cela puisse paraître, cette phrase agit toujours sur moi comme un puissant stimulant. La pression aussitôt redescendue, je me suis dit que mon parcours scolaire inhabituel et ma créativité allaient sans doute pouvoir m’aider à stimuler et améliorer mon écriture.

Parmi mes nouveaux compagnons de route, j’ai fait la connaissance de Mathieu. Mathieu, c’est un intellectuel sorti diplômé du prestigieux lycée H. Du Rosier. D’après les rumeurs, cet établissement est connu pour y produire des "roses". Mais quand je vous parle de roses, ce ne sont pas ces modiques fleurs que chacun d’entre nous peut faire pousser dans son jardin. Non, celles-ci viennent d’un jeu de mots créé en clin d’œil au nom de ce prestigieux lycée et de ses fines fleurs qui y sont éduquées. Mon ancien lycée, quant à lui, produit soit des graphistes, soit des imprimeurs, soit des techniciens d’usinage… cela sonne tout de suite moins glamour. Bref, si je vous parle de Mathieu, c’est parce que tout comme moi, il vient d’avoir 20 ans cette année et qu’il a été désigné pour être mon binôme. Son père a également étudié au lycée H. Du Rosier, il est donc issu d’une famille d’élite. En somme, il fait partie du gratin de l’élite et il mange des repas pour élite trois fois par jour. Moi, depuis toute gamine, mes trois repas sont constitués d’une maigre ration de taboulé avec un quignon de pain sec et un yaourt premier prix. Nous n’avons pas vraiment grandi de la même façon. Ce type fait vraiment partie de l’élite. Il respire, mange, boit, vit l’élite. D’ailleurs, je suis sûre qu’il obtiendrait un poste pour remplacer l’inspecteur Derrick les doigts dans le nez et dès qu’il aurait franchi la porte, le directeur s’exclamerait : "Bravo. Dorénavant, vous faites partie de l’élite." Bref, ce n’est vraiment pas n’importe qui. Et évidemment, je me demandais si l’inspectrice taboulé que je suis pourrait s’entendre avec un gars pareil. Alors, une fois chez moi, j’ai réalisé quelques recherches pour tenter d’en apprendre davantage sur lui. À ma grande surprise, j’ai pu avoir accès à son profil Facebook. "Il parle 6 langues… ok, paye ta rivalité ! les likes ! regardons ses likes ! ouais… rien d’exceptionnel… punaise ! génial ! j’ai accès à ses articles ! voyons voir…il a peut-être posté quelques-uns de ses textes…"  Et là, j’ai vu ce que je n’aurais jamais dû voir. "Ce qu’il me blase ce gars ! Attends… c’est moi qui hallucine ou… il enchaîne les syllepses de sens dans son texte, là, non ?! Affirmatif ma grande, tu ne rêves malheureusement pas… Il a dû en briser des carrières ! Non mais sérieusement, les gens qui ont trop de talent comme lui, ils devraient juste brûler dans les flammes de l’enfer le plus rapidement possible, c’est tout !" Oui, lorsque je suis un peu jalouse, j’aime me poser sur mon fauteuil en cuir en agitant un bon verre de vin rouge dans ma main droite et souhaiter la mort des gens. Mais ne vous méprenez pas, ceci est le plus bel éloge que je puisse offrir à de telles personnes. Tout ceci a duré une bonne dizaine de minutes avant que je ne me décide finalement à agir. Je ne m'avouai pas vaincue aussi vite face à lui. Plus que jamais motivée, je me suis lancée dans l’écriture de cette rédaction à rendre pour la fin du mois de novembre, car il faudra sans doute deux journées seulement à Monsieur Élite pour accomplir cette tâche, mais pour moi, cela prendra bien deux mois complets !

Mon problème n’est certainement pas un manque d’inspiration, je suis même assez rapide pour trouver des idées, mais il peut m’arriver de passer des jours entiers à essayer différentes introductions, différents mots, différentes tournures de phrases, avec une seule obsession en tête : recommencer au bout de deux pages, car si j’arrive à effectuer ceci sans trop de difficulté, c’est forcément parce que je vais pouvoir en tirer quelque chose d’encore plus intéressant. Parfois, ça dure, dure, dure… et impossible de trouver à partir de quel moment je dois m’arrêter. Ensuite, la date limite approche et là, je me décide : "allez, j’y vais avec cette version". Mais perturbée par le délai qui est devenu bien trop court, j’ai tendance à être très vite irritée par tout ce qui m’entoure. Par exemple, il m’est tout simplement impossible de commencer à travailler tant que tous les éléments dont j’estime avoir bientôt besoin ne se trouvent pas dans un rayon de 1,50 mètre autour de mon bureau. Pourtant, j’ai absolument horreur de travailler dans ces conditions qui ralentissent ma progression. Mais d'une certaine façon, je l’imagine comme une sorte de rituel me permettant d’anticiper l’écriture. Quant à mon instant favori, il survient à l’heure où se couchent les premiers rayons du soleil. J’achève ma journée de cours, le nouveau sujet de rédaction en tête, je sors en hâte de l’établissement. Dix minutes de marche, c’est le temps qu’il me faut pour rejoindre mon arrêt de bus. Je profite toujours de ces six cents précieuses secondes de déambulation pour mettre à l’épreuve mes pensées. À cet instant, j’aimerais pouvoir flâner durant des heures en contemplant ces majestueux paysages, parcourir des kilomètres en observant ces scènes de vie quotidienne et tous ces petits détails que je néglige bien trop souvent, sentir ces odeurs familières tout en me remémorant de précieux souvenirs. Ensuite, il ne me reste plus qu’à presser hors de mon cerveau ce jus d’idées accumulées en si grande quantité. Au premier abord, cette activité peut paraître facile, mais pourtant, cela demande des années d’entraînement. Vivre à la campagne et sillonner de nombreux villages m’a permis de me rendre compte à quel point la marche m’aide à développer ma réflexion, ma créativité et mon sens de l’analyse.

Après avoir accompli une partie de mon travail, je me suis finalement décidée à rencontrer monsieur l’Élite. Avant ça, on m’avait prévenue qu’il était extrêmement orgueilleux. Je me suis alors mise à penser qu’il devait être le genre de type qui dresse un mur entre lui et son entourage, qui ne montre pas facilement sa véritable personnalité et qui garde ses distances avant de s’approcher doucement des autres. Mon objectif était donc clairement défini. Pour apprendre à se connaître mutuellement, il fallait que je détruise d’emblée ce mur et que je lui balance du taboulé en pleine poire afin d’établir le contact. Sans ça, il serait difficile de communiquer. Ainsi, bien que je sois moi aussi bouffie d’orgueil, j’ai décidé que pour une fois, j’allais faire le premier pas. Après avoir échangé quelques mots, je lui ai demandé : "Au fait, t’es plutôt sado ou maso ?" Expliqué sous un autre angle, c’est un peu comme si je lui avais envoyé un bon direct dans la tronche, façon de dire : "Allez hop ! J’enlève mes pompes, mon gars, alors, toi aussi, fais pareil et mettons-nous à l’aise !" Bref, je lui ai posé une question idiote et j’ai joué l'imbécile pour qu’il laisse tomber sa fierté et descende d’un étage. Monsieur l’Élite m’a alors répondu : "Hm… je ne peux pas vraiment répondre. Et puis c’est typiquement le genre de question que les gens se posent sans réfléchir dans une soirée au cours de laquelle ils se rendent pour draguer et Dieu sait que j’ai une sainte horreur de ce genre de conversation." Je vous l’avais dit… ce que c’est chiant, les élites !

Alors que j’essayais de lancer la conversation sur un sujet décontracté, ce type m’a balancé qu’il avait horreur de ce genre de discussion. Et en plus, il a eu l’air de dire : "ce n’est pas parce que t’es une idiote qu’il faut me prendre, moi aussi, pour un idiot" D’un côté, je peux le comprendre, mais quand même ! Quand dans un bar, je vois un type ou une nana en train de se demander s’ils sont sados ou masos, ça m’agace et j’ai envie de leur dire : "vous voulez que je vous montre ce que c’est une vraie sadomaso ?" Mais là, je voulais juste qu’il oublie qu’il faisait partie de l’élite du lycée H. Du Rosier et que l’on fasse les imbéciles ensembles, sans se prendre la tête. Alors, même s’il y avait des mouches mortes, des graines de maïs qui le font vomir ou encore des cheveux dans le misérable taboulé que moi, sa future coéquipière, je m’étais cassée le derche à lui préparer, il aurait mieux fait d’en prendre un peu avec sa fourchette et se montrer souriant, plutôt que de dire qu’il n’aimait pas ce genre de conversation et de faire le gars hyper sérieux. Pauvre membre de l’élite de mes deux, va ! Je voulais juste réduire la distance monstrueuse qu’il y a entre nous et t’enlever le balai coincé que t’as dans le cul ! Parce que je vais te dire un truc mon coco, que tu sois sado ou maso, que tu crèves ou non, j'en ai strictement rien à carrer, mais alors à un point que tu ne peux même pas imaginer !

Il y a bien longtemps que je n’avais pas pété les plombs à ce point. En fait, sur le moment, j’ai gardé mon calme. Un peu comme si j’avais jeté le taboulé par terre et dit tout en le piétinant : "je vois tu n’aimes pas ça… à vrai dire, moi non plus ! ahaha ! " j’avais super honte de moi. Ce type m’avait envoyé balader. J’avais envie de balancer le taboulé à la poubelle, l’air de faire comme si je l’avais trouvé sur la table en rentrant de l’université et que je n’avais absolument aucune envie de manger un truc pareil. Enfin bref, la collaboration avec ce mec, je la sentais très mal. Bien sûr, ce n’est pas de sa faute. Nous partageons tous une culture dominante qui nous a été transmise, mais il serait bon d’en prendre conscience afin de permettre à chacun d’exprimer sa personnalité sans chercher à lui imposer une norme. Il suffit d’un déclic… Après, si je ne lui ai pas encore pété une phalange en la lui tordant à 45 degrés, c’est parce qu’en fait, c’est un type plutôt bien. Mais honnêtement, lorsqu’on est en plein rush avant une date limite, est-ce bien le moment de se ramener avec une tarte aux poireaux ? Quelle est cette odeur qui me chatouille les narines ? Je ne suis pas la grand-mère du petit chaperon rouge à qui on apporte une galette, à ce que je sache ! Je ne sais même pas comment ça se mange, ce truc ! La prochaine fois, qu’il m’apporte du taboulé, bon sang ! 

C’est ainsi que s’achèvent ces quelques lignes consacrées à la rencontre entre une rose de l’élite et un clou mal enfoncé. Si vous pensez toujours que les élites sont vraiment lourdingues et vous aimeriez les balancer dans la cuvette des toilettes ou bien si vous voulez me féliciter pour avoir réussi à rendre cette copie dans les temps, je vous invite à m’écrire pour m’en faire part. Vous pouvez également me poser des questions du genre : "Pourquoi un type sorti du lycée H. Du Rosier se retrouve-t-il à travailler avec un déchet comme toi ? ", "Est-ce pour en arriver là que Mathieu a fait des études dans un prestigieux lycée ?", ect. J’attends vos commentaires. Ils peuvent être envoyés à l’adresse suivante : vous devez être membre de l'élite pour lire la suite.

28/11/2013

Les poissons ne sont pas rectangulaires



Cela fait maintenant trois semaines que l’agitation et la consternation règnent dans une petite école maternelle parisienne suite à cette annonce pour le moins bouleversante : les poissons ne sont pas rectangulaires. C’est lors d’un cours sur les espèces marines qu’une maîtresse avait affirmé devant une classe entière que les poissons pouvaient être de formes diverses et variées. Pensant dans un premier temps qu’il s’agissait d’un poisson d’avril, les élèves se sont cependant très vite rendu compte que cette date était largement dépassée étant donné la forte présence de guirlandes de Noël dans les rues. Néanmoins bien décidés à soutenir leurs idéaux, 75% des enfants de cette de classe de grande section maternelle ont décidés de se révolter contre cet affront en remplaçant chaque jour les guirlandes du sapin de Noël de l’école par des petits poissons en papier de formes rectangulaires, au grand désarroi de leur maîtresse, qui, effondrée, n’ose même plus mettre les pieds dans sa classe : "Je n’en peux plus, cette histoire m’épuise, j’aurais mieux fait de rester muette comme une carpe."

Le sort s’acharnerait-il donc encore sur ces malheureux enseignants ? Afin de mieux comprendre les revendications de ces jeunes personnes, une militante a bien voulu témoigner pour nous, le visage à moitié caché par son doudou Dora l’exploratrice : "non mais en fait, on tenait juste à montrer à nos grandes sœurs et nos grands frères qui sont au collège que nous aussi, on peut très bien se rebeller et sécher les cours. On n’a pas besoin d’avoir Leonarda dans notre classe pour faire la grève. Je vous laisse maintenant, c’est l’heure du goûter." Bien que ce témoignage remette en question le sujet principal des protestations, il semble néanmoins certain que les poissons ne sont donc pas rectangulaires. Très touché par le témoignage de cette jeune enseignante, Jean-Michel, 62 ans, pêcheur, a voulu lui apporter son soutien : "Sans vouloir faire de jeux de mots, cette mauvaise plaisanterie commence vraiment à sentir le hareng ! En 40 ans de pêche, il m’est arrivé très rarement de pêcher des poissons rectangulaires, mise à part quelques raies isolées…" Pour Patrick Sébastien, toujours bien placé dans les hits musicaux grâce à son célèbre tube "Les sardines", cela ne fait aucun doute, "il y a clairement anguille sous roche. Qu’ils soient serrés ou non au fond d’une boîte, les poissons ne sont pas pour autant rectangulaires"

Bien que cela semble pouvoir se confirmer dans toutes les eaux du monde, l’entreprise Findus a tout de même entreprit de rétablir la vérité en offrant une visite des locaux dans l’une de ses usines à deux chanceux élèves. Celle-ci a également tenu à affirmer que les plats congelées destinées aux industriels de la restauration, produits en France, sont bien "d’origine animale et non d’origine géométrique" le directeur va même plus loin dans ses propos : "Bien sûr, nos produits à base de bœuf n’ont peut être pas toujours été fiables, mais concernant nos produits à base de poisson comme les plats préparés et les bâtonnets Croustibat, ceux-ci possèdent une origine entièrement sûre" Notre journal a pu rencontrer les deux enfants à la sortie de leur visite : "Je pensais que les poissons naissaient rectangulaires. Mais là, ce que j’ai vu aujourd’hui, c’était juste incroyable ! Ils ressemblaient tous tellement à mon héros Disney préféré : Némo !" nous révèle Camille, 6 ans. Thomas, 6 ans et demi, fut quant à lui encore bien plus surpris : "J’ai toujours cru que les petits Corayas et les miettes de thons étaient directement pêchés en mer. Mais là, plus je voyais de poissons, plus je me disais "celui-ci non plus n’est pas rectangulaire ? Mais combien sont-ils encore !?"

Pour Daniel Giraud, scientifique spécialisé dans la recherche des fonds marins, le fait que les poissons ne soient pas rectangulaires est une évidence : "Les poissons, qui sont des animaux vertébrés aquatiques, à branchies, pourvus de nageoires et dont le corps est les plus souvent couvert d’écailles, possèdent une forme adaptée à leur fonction. Mais comme leur fonction varie en fonction du milieu dans lequel ils vivent, il est tout à fait logique que chaque poisson ne possède pas les mêmes caractéristiques. Mais honnêtement, aucun poisson vivant et parfaitement constitué ne pourrait survivre en ayant une forme rectangulaire."

09/12/2012

[Art Numérique] Re-présentation(s) urbaine

We meet at the market place








Depuis toujours, le marché joue un rôle d’échanges de marchandises, mais aussi d'idées. Au fil des siècles, la multiplicité de ces lieux conviviaux a permis la structuration des territoires et l’animation de la vie sociale. En peinture, ces échanges sont le plus souvent représentés par des scènes de groupe, où il n’est pas rare d’apercevoir différents personnages discuter entre eux. Cette idée s’illustre parfaitement dans l’œuvre la plus célèbre de Carl Leopold Müller, Le marché du Caire (1878); mais aussi dans le tableau de Philip Worth, La place du marché de Limoges; La place du marché de Camille Pissarro (1882) ou encore Place du marché de Bergen de Abel Grimmer (1570).

Durant tout le Moyen-âge et jusqu’au XVIIIème siècle, le marché est un dispositif public bien distinct, visible et clairement délimité. Au début de la modernité, cette réalité concrète, perceptible et policée du marché traditionnel s’atténue progressivement avec le développement du commerce international et des grandes compagnies. A présent, le terme de marché s’utilise également pour évoquer ces échanges virtuels économiques et sociaux.

       L’incitation du projet intitulé "re-présentation(s) urbaine(s)" tend à nous questionner de manière individuelle sur la reproduction d’un fragment de la ville de Saint-Etienne à l’aide de la technique de notre choix. Une fois la totalité de nos visions citadines singulières assemblées, cet ensemble interroge les problématiques de la cartographie urbaine et rend compte de son morcellement, sa fragmentation. L’unification des projets du groupe-classe crée alors une vision nouvelle de la ville. De nombreux artistes ont travaillé sur cette thématique, comme notamment Ghislaine Escande ; Laura Barrón et son œuvre Islario (2001) ; Philippe Favier, Vous n'êtes pas d'ici (2006) ; Cult of Marms avec son oeuvre interactive nommée The Olfactory Factory (2003) ; Giles Rollestone, Urban Feedback CD-ROM Trailer (1995-1996) ou encore  A20 Recall de Teran Michelle.

Mon travail plastique interroge la représentation de la Place Albert Thomas, populaire et animée 3 fois par semaine par un marché de producteurs. Mon choix s’est porté sur cette place car elle est pour moi un lieu singulier avec lequel j’entretiens des relations spécifiques de l’ordre de l’émotionnel, du rituel, du sensible et du mémoriel. Ceci s’explique par le fait que je sois fréquemment menée à observer cet endroit lorsque je prends le tram pour me rendre à la fac, mais également car ce lieu possède une résonance encore davantage particulière depuis septembre dernier. En effet, après avoir assisté à une conférence sur les marchés stéphanois, de nombreux souvenirs de mon enfance liés au marché ont pu être réactivés : mon école primaire était située juste en face d’un parking sur lequel se déroulait le marché de ma commune, deux fois par semaine. Durant les récréations, j’avais pour habitude d’observer les personnes qui apparaissaient de manière récurrente sur cette place afin de consommer, mais aussi discuter. A cette époque, leurs visages m’étaient familiers, mais à présent, ils ne plus qu’un simple moyen d’éveiller ma mémoire ou constater aussi certains oublis.

La raison qui m’a poussée à m’intéresser à la place Albert Thomas est l’ambiance similaire à celle de mes souvenirs d’enfance dégagée par ce lieu lors de mon exploration. Son atmosphère qui change littéralement selon son usage est quelque chose qui me trouble encore aujourd’hui : utilisé soit pour le stationnement des voitures, soit pour y déployer des stands les jours de marché , la place se réactualise sans cesse, subissant des transformations par les mouvements, les directions et les temporalités qui la structure, elle nous donne l’impression de pouvoir être re-découverte indéfiniment. Pour exprimer ma représentation personnelle de ce lieu où des changements interviennent fréquemment, je me suis tournée vers l’utilisation du médium vidéo.

Dans une première partie, le caractère calme du parking est mis en avant. Visuellement, il se caractérise par un motif où sont disposées des voitures immobiles (pour rappeler le parking) qui disparaissent de manière rythmée avec les chants des oiseaux. On assiste ici à l’éveil d’un espace où les seuls bruits perceptibles sont ceux qui entourent ce lieu sans animation : le déplacement du tram et les oiseaux.

        Durant la conférence sur les marchés à laquelle j’ai assisté,  un chiffre important m’a fortement interpelé : j’ai noté qu’environ 20% des personnes qui se rendent sur ce lieu quotidiennement ne consomment pas et viennent essentiellement pour entretenir des liens sociaux. La seconde partie de ma réalisation numérique cherche donc à représenter l’activité dynamique et l’impact social de cet espace collectif. Je me suis rendue sur place afin de réunir différents témoignages des clients et des marchands, tout comme l’œuvre Urban Echo de Christopher Baker (2008) ou encore Audio-Day de Trommer, Michael Wedemeyer et Von Arnold (1999). Ces déclarations restituées sous la forme d’un film documentaire typographique permettent la reconstitution d’une image globale du marché : un lieu de commerce, de rassemblement et de contacts humains. Les textes défilent et s’accumulent, nous montrant ainsi les mouvements et les dialogues qui animent cet espace. Ces défilements narratifs, où les lettres apparaissent peu à peu à l’écran, peuvent nous faire penser au clip de la chanson Jed’s Other Poem (Beautiful Ground), du groupe américain Grandaddy (2009). L’évolution constante de ce lieu est d’abord symbolisée par ces éléments typographiques représentés sous forme de flux, mais aussi par le fait que les textes semblent continuer à l’extérieur de l’écran. Ces écrits infinis veulent nous montrer l’espace ouvert aux changements qui caractérise la place et dont sa seule limite est celle de la dimension de l’écran qui ne peut nous montrer la totalité de ces flux. Les lettres qui apparaissent le temps de quelques secondes viennent parasiter ces dialogues. Tout ceci est renforcé par les bruits répétitifs et infernaux des caisses enregistreuses qui authentifient parfaitement le quotidien de ce marché. Enfin, ces récits singuliers révèlent également la multitude de perceptions ressenties sur un même lieu par ces habitants.

Cette vidéo nous présente une vision globale de la place Albert Thomas, mais elle projette également diverses ambiances, des récits singuliers et dissemblables qui nous permettent d’identifier et ressentir cet espace. Au cours du visionnage de la vidéo, nous avons donc toute liberté possible quant à la représentation imagée des mouvements, des histoires et des perceptions retranscrites dans ce documentaire. 

            Pour conclure, je tiens à remercier tout particulièrement Vincent Bodic pour son aide précieuse !


08/12/2012

[Art Numérique] Investigation personnelle


       Le 17 octobre dernier, j’ai assisté à une conférence de Danièle Méaux intitulée "Arno Rafael Minkkinen : la part animale de l'être" organisée dans le cadre d’une journée d'étude "Animal/Humain".

       Bien que je ne me sois jamais réellement intéressé à la photographie, je dois dire que l’œuvre de Arno Rafael Minkkinen ne m’a en aucun cas laissée indifférente. Ce photographe américain d’origine finlandaise réalise ses autoportraits en noir et blanc, tout en intégrant des parties de son corps pour le ramener à son état premier, celui de nature. Entre réalité et fiction, plaisir et humour, il réinvente l’autoportrait avec originalité.
       L’élément qui m’a profondément marquée dans ses clichés est sans aucun doute cette euphorie qui le pousse à défier le danger afin d’amener son corps à prendre des poses inattendues, bien souvent, au-delà des limites physiques et anatomiques. Travaillant seul et n’hésitant pas à s'enterrer sous la neige, s'agripper à un escalier ou encore à se pencher au-dessus du vide, il tente de nous montrer les acrobaties de ses photographies en manipulant nos yeux, c’est d’ailleurs ce qu’il dit en plaisantant : "J'ai même appris à marcher sur l'eau". On pourrait penser que certaines images sont truquées, pourtant aucune n’est manipulée ni à la prise de vue ni au tirage.

Arno Rafael Minkkinen, "Grand Canyon" (1995)

       La photo "Grand Canyon" m’a beaucoup fait penser au "Saut dans le vide" de Yves Klein, mais également à diverses photographies de l’artiste chinois Li Wei qui se met en scène dans des situations impossibles.

      Yves Klein, "Saut dans le vide" (1960)        
Li Wai, "25 étages pour la liberté", Pékin (2004)
       En étant son propre modèle, il lui est totalement impossible de maitriser la lumière, la pose, le cadrage. Et lorsqu’il déclenche la prise, il est ainsi incapable de prédire la réussite ou non de ses efforts jusqu’à ce que la photo soit développée.

       Lorsque j’observe son corps dans ses photographies, cela me donne l'impression d'être face à des photos de sculptures semi-organiques, mais également d'objet volant dont on n'aurait pu cadrer qu'un morceau. Bien que les lieux dans lequel il expose changent fréquemment, Minkkinen reste lui toujours, une partie intégrante de ces paysages. Il connecte ainsi le corps et la nature de façon surréaliste. Les endroits où il expose lui permettent de faire l’image, cette image est en effet guidée par la réalité du lieu et la réalité dans laquelle il se trouve. Son corps qui s’intègre parfaitement au paysage rend ses œuvres particulièrement touchantes. Son travail me fait beaucoup penser à du camouflage, de l’homochromie. Je n’ai d'ailleurs pu m’empêcher de faire un rapprochement avec le travail de l’artiste chinois Liu Bolin qui s’intéresse à la question du corps dans l’environnement social à travers des camouflages.


Liu Bolin
       En parcourant ses travaux, on se rend compte qu’il est impossible de pouvoir dater son travail puisque ses images qui datent de 1973, comme celles faites en 2003, ne possèdent pas grand de changement, ceci créer une uniformité. Dans toute son œuvre, il se concentre finalement sur un seul et même type de recherche photographique. Celui-ci est devenu le but final de son entreprise, ce qui nous laisse penser qu’il cherchera à faire vivre son projet en produisant de nouvelles images jusqu’à son dernier souffle.

       Les photographies de cet artiste nous prouvent qu’il n’y a rien de plus naturel que l’union d’un corps humain avec la nature. Son œuvre amène à la fascination, le questionnement, mais aussi parfois au malaise. Il nous relie à ce que nous sommes: rattachés à la vie, au sacré, à l’intemporel, à l’évolution et au divin. Cet artiste qui a auparavant travaillé dans la publicité connait très bien les enjeux de la communication. Et venant moi aussi d’une filière spécialisée en communication visuelle, je ressens comme une forme de communication dans chacune de ses images. Au final, ses photos qui forment son œuvre se ressemblent toutes un peu… comme une campagne de publicité dont on ne voit jamais la fin...

07/12/2012

[Musique] 클래지콰이(CLAZZIQUAI PROJECT) - 함께라면 feat. 김진표 (Can't go on my own)



Mercredi dernier, j'ai eu  la chance de pouvoir me rendre au Musée d'Art Moderne de Saint-Étienne afin de découvrir l'exposition Fiat flux : la nébuleuse Fluxus, 1962-1978 !

Quelques heures plus tard a été mis en ligne sur Youtube le nouveau clip du groupe sud coréen Clazziquai Project. J'apprécie énormément leur musique depuis de nombreuses années déjà et je dois dire que divers éléments dans ce clip m'ont justement fait repenser à ma visite au musée ! Un montage vidéo nous montrant un bric-à-brac d'objets et couleurs rétro, des têtes coupées, les vieux téléviseurs de Nam June Paik, les têtes d'animaux empaillés de Wolf Vostell, une typographie dans le style vieille machine à écrire, des références aux collages et cadres photos des artistes du mouvement Fluxus... suis-je seule à le penser ? ;)

 Je vous laisse découvrir ce petit partage musical :

 



Présentation brève du groupe :

Clazziquai Project est un trio coréen appartenant au label Fluxus Music. Ce groupe mélange jazz, groove, lounge et musique électronique. La formation a débuté au Canada (c'est pour cette raison que leurs textes sont souvent en anglais) et se compose de DJ Clazzi (Kim Sunghoon), Alex Chun et Horan (Choi Sujin).

03/12/2012

[Dessin] L'image rétrospective

Voici quelques recherches effectuées sur l'incitation suivante : "L'image rétrospective" !




 

























Références :

Rodolphe Cosimi
Dan Mountford
Silvia Pelissero
Andrew Freitas
Chrissy Angliker
Christopher Relander